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Programme du Colloque Jacques Pierre. Appel à contribution pour des “Mélanges”

Colloque Jacques Pierre | 31 janvier 2020

À l’occasion du départ à la retraite du professeur Jacques Pierre, le Département de Sciences des religions de l’UQAM organise un colloque hommage pour souligner la contribution du professeur Pierre au domaine des sciences des religions et son engagement pédagogique envers la relève. Il entend ainsi reconnaître une carrière universitaire animée par une recherche herméneutique soutenue dans les arcanes de l’émergence des langages à travers lesquels se vivent, se structurent et se disent les expériences-limites les plus fondatrices. Il souhaite souligner un cheminement intellectuel original, réalisé aux points de jonction de la sémiologie, de l’épistémologie, de la psychanalyse, des études littéraires et du cinéma.

Invitation spéciale est adressée aux diplômées et diplômés qui, au cours des années, ont réalisé leur mémoire de maîtrise ou leur thèse de doctorat sous la direction du professeur Pierre, ainsi qu’au collègues du Département, à proposer leurs textes pour les Mélanges en l’honneur de Jacques Pierre, notamment des contributions qui permettent de mettre en lumière : a) l’une ou l’autre des approches, des postures et des méthodes d’analyse pratiquées par le professeur Pierre; b) l’un ou l’autre de ses principaux objets d’étude et d’investigation; c) l’une ou l’autre des caractéristiques de ses modes d’accompagnement pédagogique et de leur fécondité. On s’attend à ce que, par-delà les mentions proprement personnelles, les articles contribuent à la compréhension de l’apport du professeur Pierre aux sciences des religions

Programme du Colloque Jacques Pierre

31 janvier 2020 –– Local : W–5215

Inscription OBLIGATOIRE (pour lunch et/ou cocktail) avant le 27 janvier.

S’inscrire auprès de Mme Noël : noel.marie-claude@uqam.ca

9h30 – 10h30

Allocutions

Présentation du colloque

  • Marie-Andrée ROY Professeure titulaire et directrice du département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Ouverture du colloque

  • Josée S. LAFOND Doyenne de la Faculté des sciences humaines, Université du Québec à Montréal

Jacques Pierre devant l’énigme religiologique de « l’effet de sens »

  • Louis ROUSSEAU Professeure émérite du département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Il s’agit d’ouvrir une porte sur l’œuvre d’un compagnon de travail universitaire tout au long d’une trentaine d’années. Je prendrai le sentier rarement fréquenté de sa contribution à une œuvre collective, à la fondation d’une certaine manière de poser la question du rapport originel des humains sur le monde de leur expérience de la vie. Cette institution d’un nouveau regard constituait, pour les fondateurs du département, la discipline religiologique espérant faire ainsi converger plusieurs disciplines de sciences humaines. Il est important de reconnaître, et d’ainsi rendre hommage au rôle central que Jacques Pierre a joué dans notre charpente disciplinaire en incessante découverte d’elle-même et dont nos étudiants gradués sont la manifestation la plus tangible. Jacques a en effet été embauché pour répondre à la nécessité de penser à nouveaux frais ce qui fait l’essentiel de notre objet commun : la religion. Produire une théorie du religieux, tel a été son mandat central au moment où notre département se voyait enfin octroyer la capacité de former des docteurs. Il ouvrira durant trente ans son atelier épistémologique en accueillant les premiers pas de tous les étudiants lors de leur première session du bac. Il l’approfondira sans cesse dans son tutorat de ses multiples candidats de maîtrise et de doctorat. Il nous donnait en parallèle des articles savants destinés à résoudre graduellement, pour lui-même d’abord, l’énigme de l’EFFET DE SENS.

Jacques Pierre et la quête du fondement

  • Pierre LUCIER Professeur invité au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Le sens d’un itinéraire intellectuel s’enracine généralement dans une question initiale, issue d’une expérience complexe qui tient à la fois du déchiffrement de l’énigme du Sphynx et de la lutte nocturne avec l’Ange, une question sans cesse reprise et reformulée, sans cesse enrichie de nouveaux apports et confrontée à de nouvelles apories. Depuis plus de quarante ans, Jacques Pierre poursuit résolument sa quête du fondement de l’expérience et de son interprétation.  Très tôt à l’étroit dans l’herméneutique théologique, Jacques Pierre a longuement pratiqué d’autres herméneutiques – la religiologie, la phénoménologie, la sémiotique, la psychanalyse, la cinématographie… –, pour établir progressivement que toutes, telles des « théologies silencieuses », génèrent leur propre socle fondationnel et qu’aucun savoir ne peut dès lors prétendre au statut de métalangage ou de référence normative. C’est qu’aucune expérience, aucune construction cognitive, aucun élan affectif ne peut advenir et se vivre en dehors du langage.  Même inégalement conscientes de leurs présupposés et de leur action de structuration, toutes les herméneutiques, théologiques ou « affranchies », obéissent à des règles discursives. On ne sort pas du langage pour fonder le langage. Dans cette communication, on se propose d’explorer, patiemment tissé et toujours en cours, le fil conducteur de cette quête du fondement chez Jacques Pierre. On s’emploiera avec lui à reconnaître que, en dernière analyse, un tel fondement est inaccessible ou même n’existe pas, du moins pas en dehors d’un « pari d’interprétation » et d’une « attestation », tous deux travaillés par une dynamique de « don » et d’« accueil » : le fondement serait essentiellement « thétique ». En cela, les théologies occidentales elles-mêmes ne sont pas en reste, qui évoquent un Dieu qui est Parole, un sens qui se révèle à la manière d’un appel, une adhésion de foi dont l’enjeu est l’identité d’un Verbe. Le savoir croise ainsi la poétique – « poiein » = faire, la poésie crée un monde. Jacques Pierre est aussi et profondément un poète.

10h30 – 12h00 –– SESSION – I

Approches, postures et méthodes d’analyse pratiquées par le professeur Jacques Pierre

Présidence : Roxanne D. Marcotte

Faire école 

  • Olivier MASSONDoctorant au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

À l’été 1964, en vue de la création de l’École freudienne de Paris qu’il est sur le point de fonder, Jacques Lacan sollicite l’appui de l’un de ses plus anciens collaborateurs, celui qu’il appelle encore en 1970 « [s]on ami Henry Ey ». En août 1964, à l’invitation que lui adresse Lacan à faire partie de son école, le psychiatre français lui répond par un rappel à l’ordre : « Qu’as-tu à gagner à fonder une école sur des bases juridico-administratives fatalement précaires, alors que ton école existe dans sa plus éclatante réalité? Une école est constituée quand un maître enseigne librement à des élèves libres. Une école n’est pas une institution; elle ne se fonde pas sur son officialité, mais sur le prestige de son maître ». Dans ma communication, je propose de prendre appui sur cette définition de Ey. Mon intention n’est pas de dresser l’école contre l’institution dans une confrontation stérile. Seulement, en dégageant l’école de sa dimension institutionnelle à laquelle elle est trop souvent réduite, mon but est d’en interroger les fondements. Autrement dit, il s’agira de se demander, outre les règles juridico-administratives qui la régulent, ce qui fait une école. Voilà une question essentielle que la réduction de l’école à l’institution a pour effet d’éluder. Avant même que l’étudiant inscrit à une institution scolaire n’ait énoncé quelque question que ce soit sur ce qu’est une école, l’institution s’assure de répondre à sa place en se chargeant de lui attribuer son statut d’étudiant, de qualifier d’enseignement ce qui lui est transmis en classe et d’enseignant la personne qui le lui donne. Dans ma communication, je propose de définir l’école comme quelque chose qui se fait plutôt que comme une chose inerte tel un établissement d’enseignement régi par des règles administratives. Si l’école est un lieu, je soutiens qu’il est avant tout celui d’une rencontre entre au moins deux sujets qui occupent des positions distinctes, celles du maître et de l’élève. Prise au sens d’une expérience commune ayant lieu entre sujets, une école se présente d’abord comme ce qui mobilise deux positions de désir différentes à l’égard d’un même objet, soit un savoir, qui fait lien par l’acte de transmission auquel il engage. Dans ma communication, à partir de cette définition de l’école, je compte soutenir que l’école de Jacques Pierre, pour reprendre les mots de Ey, « existe dans sa plus éclatante réalité », et ce, indépendamment de toute institution. Ce sera l’occasion d’avancer l’idée que ce qui fait tenir cette école est le transfert, au sens psychanalytique, qui s’opère entre Jacques Pierre et ses élèves, et un enseignement singulier qui, loin de se réduire à un corps de doctrines, est avant tout une prise de position par rapport au savoir, c’est-à-dire un désir.

Pour une épistémologie de l’Infondé. Herméneutique ou déconstruction ?

  • M. Mabrouk RABAHI – Doctorant au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Lors de la dernière communication de Jacques Pierre au Colloque Penser le religieux (27-29 août 2019), j’ai été sensible à son entreprise intellectuelle d’affronter avec tiraillement et minutie l’un des problèmes épistémologiques les plus cruciaux qui taraudent les sciences humaines et sociales, à savoir les doublets constructivisme/naturalisme, monisme biologisant/holisme culturalisant et l’impossibilité d’en sortir. Faut-il choisir ? Sommes-nous du côté du réel ou de celui de l’Histoire (les sujets et les cultures) ? Ce sont les questions que j’ai envie de poser à Jacques Pierre en remontant à son livre sur Mircea Eliade en passant par ses articles. J’ai l’intention de faire un parallèle entre Jacques Pierres et Jacques Derrida dans leur affrontement avec le noyau effervescent, la pierre défectueuse de chaque édifice de pensée saisi dans son instabilité et son in-fondation perpétuelle. Le parallèle n’est pas innocent, il y a la psychanalyse comme référence commune dans cette tentative de remonter au degré zéro du sens au double sens du mot sens, direction et signification. Il est aussi frappant à quel point la dernière communication de J. Pierre fait écho à l’un des textes fondamentaux de Derrida (communication orale à Chicago en 1966) sur la question de l’anthropologie fondamentale. L’anthropologie a évolué depuis, Lévi-Strauss pour Derrida et Descola pour J. Pierre, mais les doublets restent les mêmes. De la théologie blanche chez Derrida à propos de Descartes ou de la théologie silencieuse chez J. Pierre à propos d’Eliade, de la blancheur ou du silence, la question de Dieu occupe une place centrale chez les deux au point de nous interroger sur la possibilité ou l’impossibilité de sortir du logos (terme utilisé par les deux auteurs, les deux Jacques). Le but de cette communication est de proposer quelques thèmes et termes de comparaison et de relancer la question de la pertinence de donner encore un sens au monde et aux choses.

Le problème du fondement : entre théorie et récit

  • Emmanuel ROBILLARD LAMONT,

La communication proposée est structurée en trois parties. Je résumerai d’abord ce que signifie le « fondement » dans la théorie de Jacques Pierre à partir des principaux articles dans lesquels ce thème est abordé (Pierre, 1994; 2000; 2003; 2014). Pour Jacques Pierre, la particularité du langage humain est d’être un langage symbolique qui acquiert une autonomie vis-à-vis du réel. Les représentations qui émergent de ce langage ne sont pas nécessairement liées au réel par la dénotation et peuvent représenter ce qui n’existe pas. Le langage humain est donc traversé par un excès de virtualités qui ouvre sur des mondes possibles, mais qui menace aussi ces mondes de s’effondrer dans un effacement des identités. Le fondement, pour Jacques Pierre, a pour fonction de gérer l’ouverture et la fermeture des virtualités du langage.  Je mettrai ensuite l’accent sur un élément particulier de la théorie du fondement chez Jacques Pierre. Le discours sur le fondement est aussi une réflexion épistémologique. Le fondement a cette particularité d’être impossible à construire comme objet, puisqu’il est la condition de possibilité de tout objet, ce qui signifie que produire un discours sur le fondement place d’emblée l’énonciateur ou l’énonciatrice au cœur du problème fondationnel. L’approche structuraliste, chez Jacques Pierre, est un dispositif de distanciation qui assure la construction d’un objet de connaissance, mais le fondement intervient dans la théorie là où la structure fuit – et il y a toujours une fuite dans la structure. Ce statut particulier du fondement a comme conséquence une certaine familiarité entre la théorie du fondement et les récits fondateurs. Autrement dit, la théorie du fondement n’est jamais neutre et a elle-même une fonction fondatrice. Finalement, je voudrais montrer l’importance de la théorie du fondement pour notre contemporanéité. Prendre en charge cette théorie nous place d’emblée dans une situation paradoxale, puisque ce savoir théorique (comme énoncé) est intimement lié à un savoir narratif (comme énonciation) et ne s’en distanciera jamais complètement. Assumer cette posture engagée est selon moi une condition pour faire face aux problèmes fondationnels d’aujourd’hui. Ceux-ci émergent notamment de la crise climatique en cours et de l’effondrement d’un ancien monde; ils nous demandent de revoir les grandes séparations fondatrices du monde moderne, notamment celle entre culture et nature (Latour, 2015). La théorie du fondement est actuelle, c’est-à-dire qu’elle émerge toujours d’une époque particulière et qu’elle répond activement aux problèmes fondationnels de son temps.

12h00 – 13h00 –– LUNCH

13h00 – 14h30 –– SESSION – II

Objets d’étude, de recherche et d’investigation du professeur Jacques Pierre

Présidence : Roxanne D. Marcotte

Le concept religiologique de la liminarité dans l’œuvre de Jacques Pierre

  • David BRODEUR – Doctorant au département d’histoire, Université de Montréal

Notre communication portera sur la théorisation de la religiologie par Jacques Pierre, plus spécifiquement sur son concept de « liminarité ». En effet nous considérons que ce concept a une valeur importante dans l’étude des expériences sociologiques et anthropologiques « en marge ». La liminarité est un concept que nous empruntons principalement à l’anthropologie. Étymologiquement, le terme signifie « limite », « dans la marge » L’approche anthropologique qui se concentre sur les rites et formulé par Van Gennep et Turner stipule que chaque rituel d’initiation possède un état pré-liminaire, un état liminaire et un état post-liminaire. Le liminaire c’est donc l’expérience symbolique de cette période de refonte sociale, spatiale et temporelle qui touche à la recatégorisation des valeurs. Pour parler de ce sujet, nous aborderons les grands points de la théorie du point de vue anthropologique et philosophique : Van Gennep, Turner, Maurice Bloch, Marc Augé (avec le « non-lieu ») et Karl Jaspers. Par la suite, nous ouvrirons la discussion sur Jacques Pierre et sa théorisation au travers des articles principaux dans lequel il fait usage du concept ou des sous-concepts, tels que le « fondement » : « Prolégomènes à une définition sémiotique de la religion », « Le croire et la bordure inquiète du savoir », « Du terme complexe à la croyance : le problème de la bordure et du fondement dans la sémiotique grémassienne », « Le religieux et le fondement du politique », « L’analyse du langage religieux », « Scansion et mesure », « Le jeu, le réel et le possible », « Religion et langage : la pérennité de la condition religieuse en modernité » et « Le langage et le don ».

La liminarité, ou la « morphologie des rives » – une théorie du religieux

  • Jonathan QUESNEL – Doctorant au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Cette proposition se penche sur l’apport théorique de Jacques Pierre en sciences des religions et s’inscrit principalement dans la partie B) de l’Appel à communications. En clair, il s’agit ici de présenter l’un des concepts majeurs à la pensée de Pierre, c’est-à-dire la liminarité, pour ensuite mettre en lumière ses multiples déclinaisons. La communication portera sur cinq points : 1) Un bref parcours épistémologique du concept; 2) Le problème de l’indicible qu’il présuppose; 3) Sa concomitance avec la question du fondement; 4) La limite, comme point d’intersection entre l’objet de recherche et la discipline; 5) La fécondité et l’originalité d’une telle approche théorique. Pour être plus précis, la liminarité sera à la fois présentée sous ses attributs définitionnels et fonctionnels. D’une part, nous verrons pourquoi le fait religieux (le fond) renvoie à de l’indicible, en quoi il est lui-même limite et comment celle-ci se déploie stratégiquement dans le langage (la forme) qui cherche à en rendre compte. D’autre part, nous verrons que c’est parce que le religieux est fondamentalement liminaire qu’il peut assurer le passage entre « ce qui se dit » et « ce qui se montre ». Partant, cette perspective suggère que le ou la théoricien.ne du religieux ne peut se tenir que sur la bordure de son objet. C’est donc à travers une perpétuelle tension dialectique entre le dire et le montrer, entre l’Autre et le Même, que les recherches de Pierre ont permis de repérer et de dépasser le paradoxe propre à notre discipline : cerner de l’indiscernable. Au final, c’est de l’immense contribution heuristique du penseur, du professeur et du mentor dont il sera réellement question dans cette communication, à savoir une théorisation du religieux innovante ainsi qu’une entreprise herméneutique qui déborde le cadre des religions instituées pour se déployer plus largement dans la culture et les arts.

De l’État-nation au marché. Une approche fondationnelle en sociologie des religions

  • François GAUTHIER – Professeur en sciences des religions, Université de Fribourg, Suisse

Depuis au moins deux décennies, la sociologie des religions patauge dans un marasme causé par l’effritement de son « grand récit » organisateur : la sécularisation. Que ce soit les théories du choix rationnel, de la dé-sécularisation, du post-sécularisme ou le consensus mou autour d’une interminable et indécise période de transition, aucune proposition n’est parvenue à rassembler ni à fournir un cadre d’analyse satisfaisant pour penser les mutations du monde contemporain. Si le modèle interprétatif de Jacques Pierre a le plus souvent été déployé sur des objets culturels, il permet, une fois jumelé aux apports de Mauss et du MAUSS, d’ouvrir une voie à la fois inédite et féconde pour saisir les transformations majeures du religieux au cours du dernier siècle et les remettre en perspective. Sous cet angle, la période allant de la fin du XIXe siècle à nos jours, du « Global South » jusqu’à nous, peut se comprendre comme la succession de deux époques ou « régimes » dans lesquels l’État-nation et le marché fournissent la grammaire.

14h30 – 15h00 –– PAUSE

15h00 – 16h30 –– SESSION – III

Objets d’étude, de recherche et d’investigation du professeur Jacques Pierre

Présidence : Roxanne D. Marcotte

Rituel de guérison chamanique dans Le livre de Caradoc : lait, vinaigre et vierge

  • Geneviève PIGEON, PhD – Chargée de cours au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Le livre de Caradoc est un roman anonyme du XIIe siècle, qui s’inscrit dans les Continuations Perceval, c’est-à-dire les romans du cycle arthurien mettant en scène des personnages de la cour du plus grand roi de tous les temps. Dans ce récit, un jeune homme, Caradoc, est affligé par une blessure qui lui enlève lentement la vie. En exil et couvert de honte, Caradoc est finalement retrouvé et sauvé par son meilleur ami, Cador, et par son amoureuse, Guinier. La cérémonie de guérison reprend des éléments généralement attribués aux mythes celtes, tout en faisant intervenir un certain nombre de variable qui s’articulent de façon étonnante. C’est cette scène qui nous intéressera, notamment en raison des relations entre les personnages, de leur « essence », ainsi que de l’environnement physique décrit par l’auteur. En invoquant notamment la pensée de Mircea Eliade et les réflexions de Gilbert Durand, nous observerons le langage symbolique ainsi mis en œuvre.

L’impossible déesse et la clôture du jeu : analyse sémiotique de la Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch

  • Marc-Antoine FOURNELLE – Doctorant au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

L’organisation syntagmatique de la signification, champ de recherche initié par Vladimir Propp dans Morphologie du conte (1928), a été largement reprise et développée en France dans les années soixante par une myriade d’auteurs à la stature intellectuelle aussi établie qu’incontestée, incluant Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss, qui se sont particulièrement intéressés au matériau mythologique. Ce fait seul aurait amplement légitimé l’intérêt porté par les sciences des religions à l’entreprise sémiotique. Or, on peut constater que les objets de la recherche dans le domaine n’ont pas été réduits aux seuls textes intuitivement choisis en fonction du caractère religieux et mythologique qu’ils manifestent « en surface ».  C’est à Jacques Pierre qu’il revient d’avoir montré que l’analyse sémiotique du texte est susceptible de produire des résultats allant bien au-delà du simple « point de vue ajouté », en faisant apparaître dans des textes qui ne dénotent rien de religieux, des structures qui, elles, sont fondamentalement religieuses. Se faisant, ce qui n’aurait été qu’un simple apport aux études littéraires s’est révélé comme contribution importante et originale à l’étude théorique de la religion, particulièrement en regard du projet religiologique.  C’est dans cette voie tracée par Pierre, et en tirant parti des procédures d’analyse et de la méthodologie d’A. J. Greimas et du groupe d’Entrevernes, que nous proposons une analyse du roman La Vénus à la fourrure de Léopold von Sacher-Masoch, récit d’un héros problématique désirant vivre hors du lien social, sous la domination d’une déesse toute puissante incarnée par une voisine dont il est amoureux. Ici, la transgression sert la mise en place d’un univers d’interdits (séparé, ludique, marginal) où les interdits n’ont d’autres finalités qu’eux-mêmes, en tant qu’ils caractérisent un univers d’interdits. Cherchant à consacrer la domination de la « déesse » par contrat, alors que le contrat est étranger, par principe, à l’arbitraire de la domination, le héros est pris dans un paradoxe : la « déesse » toute puissante ne peut être telle qu’à la condition de n’être pas contrainte par la clôture du jeu. Nous nous intéresserons principalement à cette clôture qui départage les espaces isotopiques que font émerger les différents rapports d’opposition et de contrariété qui ponctuent et donnent sens au récit (rapports entre sujet et objet, ludique et utilitaire, souveraineté et soumission, etc.).

Rites, ritualisations et créativité

  • Denis JEFFREY – Professeur titulaire au département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage, Université Laval

Les rites sont continuellement en transformation. Le contraire serait étonnant puisqu’ils accompagnent les activités humaines les plus variées qui sont elles-mêmes en continuelle transformation. L’insistance sur cet aspect des rites est pertinente puisqu’on les a très souvent associés à des comportements figés et répétitifs qui ne souffraient d’aucune altération. À l’évidence, les rites magiques, ceux des sociopathes et ceux des religieux orthodoxes ne doivent pas déroger au canevas prescrit. Sinon on craindrait qu’ils ne soient pas efficaces. Ces exceptions ne créent pas la norme. Il faut plutôt comprendre que les rites sont des modèles de comportement réglé pour produire des effets symboliques dont la ritualisation varie selon les individus, les situations et les circonstances. En fait, si le rite est un modèle de comportement, une ritualisation est l’une de ses performances ou mises en scène concrètes. Un rite peut être pratiqué dans son intégralité et de manière très formelle. Mais il peut aussi être réduit, abrégé et personnalisé. Ainsi, un rite indique certes une conduite à suivre dans un cadre précis, mais chacun et chaque groupe peut l’interpréter et le performer à sa guise, selon son style et sa personnalité. Par conséquent, ses déclinaisons individuelles et sociales, c’est-à-dire ses ritualisations, peuvent être innombrables. L’écart entre le rite et ses ritualisations témoigne du niveau de liberté, d’émancipation, de création et de réflexivité des individus d’une époque. Nous allons confirmer que les rites ne sont pas des guillotines de la subjectivité avant de montrer que l’acteur social, depuis la Seconde modernité, jouit d’une marge de manœuvre extraordinaire pour performer un rite.

16h30 – 17h30    

Communication de Jacques Pierre

Jalons et points de vue

  • Jacques PIERRE Professeur titulaire au département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Il y a des images qui surviennent précocement dans la vie de l’individu et où il se projette, où il lui semble en effet reconnaître quelque chose de son expérience primitive du monde. Si tant est qu’il soit aussi artiste, philosophe ou scientifique, le même individu y rencontrera fatalement l’urgence d’un travail d’élucidation auquel il reviendra sans cesse dans sa vie pour essayer de s’acquitter, dans une forme communicable à soi-même et à autrui, d’un impossible à dire qui le mobilise et le traverse. Ces retours périodiques à l’image fondatrice ont été dans mon propre travail d’élaboration théorique autant de jalons repérables allant d’une intuition vécue du sacré au cours de mes études de théologie à l’étude de la morphologie du religieux dans l’œuvre de Mircea Eliade, passant par la sémiotique et la linguistique et aboutissant en sciences des religions à la conceptualisation de ce que j’ai appelé la limite, l’évènement et l’horizon. Et ces jalons ont constitué à leur tour autant de points de vue synoptiques sur des domaines aussi divers que la religion, la psychanalyse, l’esthétique la politique, l’économique dans leur rapport constitutif à l’infondé de la culture. Dans cette présentation, j’essaierai de revenir sur ces jalons et de montrer en quoi les sciences des religions, selon le vœu de Durkheim, constituent une théorie du savoir et une épistémologie de l’ensemble des sciences humaines.

17h30 – 19h00 –– COCKTAIL

La tenue de ce Colloque Jacques Pierre a été rendue possible grâce au soutien financier de la Faculté des sciences humaines et du Département de sciences des religions

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Des Mélanges en l’honneur de Jacques Pierre,

seront publiés dans la revue RELIGIOLOGIQUES

Les présentateurs et présentatrice des communications sont invité.e.s à soumettre, après le colloque, le texte de leur communication en version article scientifique. La revue accepte également la soumission d’articles qui s’inscrivent dans l’un ou l’autre des trois axes présentés en introduction du colloque (supra).

Les articles scientifiques feront l’objet d’une évaluation par les pairs. Des textes « témoignages » pourront être également accueillis dans les Mélanges en l’honneur de Jacques Pierre, sans faire l’objet d’une évaluation scientifique.

Longueur des articles : Les articles doivent être de 6 000 à 8 000 mots, en format WORD (.doc) et conformes aux « Consignes de présentation » qui sont disponibles sous l’onglet « Soumission d’articles » du site Web de Religiologiques (https://www.religiologiques.uqam.ca).

Soumission des articles : Les textes sont soumis à l’adresse courriel suivante religiologiques@uqam.ca.

Échéance : Les manuscrits sont à soumettre avant le 30 avril 2020.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter : Marie-Andrée Roy (roy.marie-andree@uqam.ca), directrice du numéro Mélanges en l’honneur de Jacques Pierre, et Roxanne Marcotte (marcotte.roxanne@uqam.ca), directrice de Religiologiques, Département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal

Département de sciences des religions

Né avec la création de l’UQAM comme université publique, démocratique et laïque, le Département de sciences des religions, qui n’a aucune attache confessionnelle, offre à tous les cycles des formations ouvertes, polyvalentes et critiques : trois programmes au 1er cycle, trois au 2e cycle; et un doctorat conjoint. Ses enseignements et ses recherches multidisciplinaires mettent l’accent sur 2 grandes déclinaisons du phénomène religieux : 1) Les traditions religieuses, leur histoire et leur présence dans le Québec contemporain; et 2) Les dimensions religieuses et éthiques de la culture, des productions culturelles, des institutions sociales et de la subjectivité individuelle.

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